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Portrait

Agathe Gaillard, la Marianne d’aujourd’hui

Article mis en ligne le 02-11-2018 permalien

En novembre 1968, c’est dans la mairie de Déville-les-Rouen qu’était dévoilée la première Marianne d’aujourd’hui imaginée par Raymond Gosselin, artiste gonfrevillais décédé en octobre 2017. Portrait d’une belle dame qui a pris place dans la salle du conseil municipal en janvier 1969.


Agathe Gaillard en Marianne, photo publiée dans "Paris Match" en novembre 1968. © Philippe Le Tellier/Paris Match/Scoop

« Notre but en réalisant cette Marianne d’aujourd’hui a été d’actualiser le symbole de la République en prenant comme modèle une jeune femme inconnue qui a su exprimer avec noblesse à la fois le romantisme et le dynamisme d’aujourd’hui » expliquaient les « pères » de Marianne, Raymond Gosselin et le photographe Jean-Philippe Charbonnier, par ailleurs reporter pour le magazine Réalités.

Rompant avec les bustes de Marianne en plâtre, la Marianne d’aujourd’hui est représentée sur une plaque d’aluminium mat sensibilisée dans le format 50 x 60. Les lignes noires du portrait épuré tranchent sur le métal gris.

La Marianne d’aujourd’hui que l’on peut voir dans la salle du conseil municipal.

La Marianne 68, « noble républicaine », n’est pas passée inaperçue. Elle fit la Une de France Soir le 17 novembre 1968. Paris Match y consacra deux pleines pages le 30 novembre 1968. On parla d’elle dans le Journal de Tintin, dans le Canard Enchaîné, sur RTL, Europe1... Historia la présenta également sur sa couverture en août 1971. Près de deux cents mairies l’ont adoptée.

C’est Agathe Gaillard qui a prêté ses traits à l’héroïne modernisée. En effet inconnue en 1968, elle avait 30 ans quand elle posa. « Agathe est grande, mince, blonde et possède les mensurations de Miss Univers : 90 cm de tour de poitrine, 60 de taille et 80 de hanche » révélait très élégamment France Soir. Paris Match précisait que le modèle mesure 1,71 mètre. Jean-Philippe Charbonnier qui allait devenir l’époux de « Marianne » quelques semaines plus tard fit deux cents clichés avant d’obtenir la bonne photo. La prise de vues dura plus de trois heures. « En posant, j’ai pensé à mes souvenirs d’écolière, à ces leçons apprises en classe de 6ème sur la Révolution et à ces dames en drôles de chapeaux », expliquait la jeune femme. En guise de chapeau curieux, Agathe-Marianne confectionna son bonnet phrygien avec un vieux pull-over rouge.

Le certificat d’authenticité placé au dos de "la Marianne d’aujourd’hui" acquise par la Ville de Gonfreville l’Orcher en janvier 1969.

Par la suite, Agathe Gaillard est sortie de l’ombre en devenant une pionnière de l’art photographique. Soutenue par son mari, mais aussi par Henri Cartier-Bresson, Edouard Boubat et Robert Doisneau, elle a fondé en 1975, à Paris, dans le Marais, la première galerie dédiée à la photographie. Tous les grands photographes du monde (Manuel Álvarez Bravo, Larry Clark, Marc Riboud, Hiro Matsuoka, Hervé Guibert, Gisèle Freund…) ont exposé chez elle. Son livre Mémoires d’une galerie publié chez Gallimard en 2013 retrace cette aventure ainsi que le film de Jean-Paul Fargier et de Genevière Morgan Le Roman photo d’Agathe Gaillard (French Kiss production. 52’’. 2018). Elle a vendu en 2017 la précieuse galerie qui conserve son nom.

La couverture du livre « Mémoire d’une galerie » écrit par Agathe Gaillard.

Jointe par téléphone mi-septembre, Agathe Gaillard se souvient. « Pour moi, c’est hier. La vie s’écoule vite... Raymond Gosselin cherchait un photographe. Il a contacté Jean-Philippe Charbonnier je ne sais plus comment et ils se sont très bien entendus. Charbonnier était enthousiaste. Il a fait des essais avec moi. Au départ, ce n’était qu’un essai, un brouillon pour réfléchir au cadrage et à la lumière. C’est donc pour rendre service que j’ai posé. J’ai pris ça au sérieux, mais c’était très amusant. Charbonnier a été content de son travail et il a dit qu’il n’y avait pas besoin de chercher un autre modèle. Match a publié des photos de Philippe Le Tellier de la supposée séance de pose. Mais elles ont été faites après coup. C’était bidon. Cela ne s’était pas passé comme ça. Je n’avais pas de serviette sur moi. En réalité, j’étais nue. Cela se passait dans mon appartement, en toute simplicité. Pas comme quand on prend en photo Brigitte Bardot ou Catherine Deneuve. Il m’est arrivé quelque chose de bizarre un jour. J’étais dans la salle des mariages de la mairie de Nîmes où mon père a été secrétaire général et j’ai vu que la Marianne d’aujourd’hui y était accrochée. Cela voulait dire que ma ville natale ne m’en voulait pas trop de l’avoir quittée. J’étais partie, mais j’étais toujours là. »

L’affiche du film de Jean-Paul Fargier et de Geneviève Morgan « Le roman-photo d’Agathe Gaillard ». Elle reprend un portrait d’Agathe Gaillard réalisé en 1980 par Hervé Guibert.

Merci à Geneviève Gosselin pour le prêt de ses archives.

Le site dédié à Raymond Gosselin.



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