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Solidarité internationale

Un hommage au Palestinien Hashem al-Azzeh

Article mis en ligne le 23-10-2015 permalien

Vivian Petit, militant de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), a souhaité réagir au décès de Hashem al-Azzeh survenu le 21 octobre à Hébron (Cisjordanie). Ce fermier palestinien de 54 ans est mort asphyxié par des gaz lacrymogènes lancés par l’armée israélienne. La Ville de Gonfreville l’Orcher, solidaire de la cause palestinienne, partage l’émotion et la colère de ses amis.


Hashem al-Azzeh, le dernier palestinien de la vieille ville d’Hébron (Cisjordanie).

Depuis plusieurs années, la municipalité soutient les activités de l’Association France Palestine Solidarité qui organise régulièrement des soirées dans la commune. L’engagement de la Ville aux côtés du peuple palestinien passe aussi par l’implication personnelle de Jean-Paul Lecoq, maire. En 2011, il était à bord du Louise-Michel, bateau de la Flottille de la Liberté, pour lutter contre le blocus israélien qui vise illégalement Gaza où il s’était rendu en 2009 après la criminelle opération « Plomb durci ». Entre autres actions, la Ville a également invité le Yes Theatre, une troupe palestinienne d’Hébron qui a deux fois montré son travail à l’Espace culturel de la Pointe de Caux.

Nous avions présenté Vivian Petit dans le magazine municipal Actualités en mars 2013. Il avait lui-même séjourné à Gaza cette année-là (il a enseigné le français à l’université Al-Aqsa) et à Hébron. En 2009, soutenu par la municipalité, il s’était en effet rendu avec trois autres étudiants havrais en Cisjordanie dans le cadre d’une mission civile de solidarité. C’est à cette occasion qu’il avait rencontré Hashem al-Azzeh.

Voici son témoignage :

Ils ont tué Hashem, à Hébron, (Cisjordanie), ce mercredi 21 octobre. Hachem Azzeh, fermier palestinien de 54 ans, était bien connu des activistes internationaux qui se sont rendus en Palestine occupée. En effet, assez tristement, ses conditions de vie atteignaient le paroxysme de ce que des colons d’extrême droite peuvent faire subir aux Palestiniens. Et ce à tel point que dans différentes conférences, après avoir exposé l’histoire et l’actualité de la colonisation sioniste à Hébron, nombreux étaient les militants à mentionner la situation de Hashem, les menaces et les agressions qu’il subissait, pour signifier que le colonialisme ou l’occupation ne sont pas seulement des concepts, mais aussi un ensemble de dispositifs d’organisation de l’espace et de violence sur les corps.

En 2009, en compagnie d’autres camarades, j’avais visité Hébron. De par sa violence, la situation est celle qui, en Cisjordanie, nous avait le plus marqué. A Hébron, nous avions vu, dans le vieux centre, les grillages disposés par les Palestiniens à trois mètres de hauteur afin de se protéger des pierres, des pavés ou des ordures jetées sur les passants par les colons israéliens qui habitent plus haut. Puis, nous nous étions rendus à Tel Rumeida, quartier tenu par l’armée israélienne et les colons les plus fanatisés de toute la Palestine. Nous y avions rencontré des habitants qui avaient perdu leur gagne-pain à cause du couvre-feu qui avait frappé la ville lors de la seconde intifada. Nous avions aussi vu les affiches appelant à tabasser les femmes palestiniennes enceintes dans le cadre de la guerre démographique, ou les tags appelant à « gazer les arabes » signés par la Ligue de Défense Juive (LDJ).

Nous y avons compris qu’en Palestine occupée, la rationalité froide de l’administration israélienne coexiste très bien avec la ferveur raciste des colons d’extrême droite. C’est dans ce quartier que nous avions rencontré Hashem et Nisreen, son épouse, qui vivaient dans la même rue que les colons, et avaient pour voisin l’un des chefs de la LDJ. Hashem et Nisreen nous avaient expliqué comment les colons les menaçaient ou les agressaient régulièrement, et comment ces agressions avaient entraîné deux fausses couches de Nisreen. Par ces agressions, les colons espéraient faire fuir la famille palestinienne, et ainsi étendre leur territoire à partir de leur maison. Hashem nous avait aussi raconté les tentatives de négociation amorcées par l’administration israélienne pour tenter d’acheter leur maison, allant jusqu’à leur proposer 100 000 dollars en échange de leur départ, ainsi qu’une protection au cas où ils seraient menacés pour trahison… Hashem répétait souvent que ce n’était pas à lui de partir, et que seule la mort pouvait arrêter sa lutte pour l’émancipation.

Depuis, de plus loin, mes camarades et moi avions bien sûr continué à suivre l’évolution de la situation à Hébron. Les constructions de nouvelles colonies et la résistance : les actions de lutte armée, les manifestations et les émeutes, dans lesquelles des jeunes organisés en groupe informels peuvent essayer de reprendre du terrain sur les soldats israéliens, ou tenter d’attaquer les checkpoints qui isolent les villes palestiniennes les unes des autres. Nous avions aussi entendu parler cet été de cette famille palestinienne brûlée vive chez elle après un jet de cocktail molotov par des colons demandant plus d’autorisations de constructions de la part du gouvernement israélien. Nous avons été choqués, mais pas étonnés.

Hashen accueillait dans sa maison tous les volontaires internationaux qui venaient à Hébron.

Nous savions qu’Hashem continuait à participer à la résistance en Palestine. Ce mercredi 21 octobre même, il accueillait des membres de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et de l’International Solidarity Movement (ISM) pour participer aux récoltes d’olive sur des terres menacées par les colons. Peu après le début de la récolte, ils avaient été agressés par des colons soutenus par l’armée.

Plus tard dans la journée, des dizaines de jeunes d’Hébron ont affronté les soldats de l’armée israélienne, qui ont répliqué par d’importants jets de gaz lacrymogènes. Hashem, qui était cardiaque, s’est senti mal, avant d’être emmené par une ambulance… qui fut bloquée pendant plusieurs dizaines de minutes par l’armée. Hashem est décédé peu avant d’arriver à l’hôpital.

Si de nombreux journalistes, qui se demandent s’il s’agit d’une « troisième intifada » parlent d’un « regain de violence » ou d’une « nouvelle spirale », ceux qui ont observé sérieusement les mécanismes d’occupation à l’œuvre en Palestine constatent que l’assassinat de Hashem par l’armée israélienne est le prolongement direct de la colonisation et de l’occupation qui sont vécus toute l’année par les Palestiniens. Nous pouvons même aller plus loin, en affirmant que l’opposition que l’on pourrait faire entre des situations de guerre et d’éventuelles situations de paix ne nous permettrait pas de comprendre ce qu’il se passe en Palestine, puisque les actes de guerre les plus féroces menés par Israël ne sont que la continuation, avec une intensité plus forte, des violences qu’Israël fait subir à longueur d’année aux Palestiniens. Et c’est dans ce contexte que la mémoire de Hashem sera aussi le prolongement de la lutte qu’il a menée. Une lutte que les Palestiniens qui se soulèvent en ce moment sont en train de poursuivre.

Retrouvez le témoignage de Vivian Petit sur Gaza sur le blog jeunesgonfrevillais.fr.

Le site Internet de l’Association France Palestine Solidarité.



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